L’ocarina, si discret

D’aucuns l’ont comparé à un coquillage ; il peut en avoir l’aspect, selon sa matière et sa couleur. Néanmoins, son nom signifie en italien « tête d’oie ».

L’ocarina est sans doute l’un des plus vieux instruments de musique du monde, et des plus cosmopolites. En effet, on estime son apparition à -10 000 avant J.C., et ce dans tous les continents. Mais chacun d’eux lui apporta un cachet unique, propre à sa culture. C’est pourquoi les ocarinas africains sont fabriqués à partir de fruits, les américains en terre cuite et les asiatiques en porcelaine.

L’ocarina possède un son très singulier, et à ma connaissance incomparable. Très aigu ou très grave, selon sa taille, son timbre est très sourd, particulièrement omniprésent. Toutefois, n’escomptez pas lutter contre un orchestre symphonique à la seule force de votre souffle ; d’abord parce qu’à l’instar de la flûte à bec, le son de l’ocarina est très vite saturé et donc faux, et des instruments à vents plus puissants viennent rapidement à bout de cette frêle curiosité.

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Il existe aujourd’hui plusieurs types d’ocarinas, avec plus ou moins de trous, de formes et de couleurs différentes, des plus classiques aux plus fantaisistes.

A gauche, vous observez une variante de l’ocarina classique, en général ronde, munie de seulement 4 à 8 trous. Le son est le même, à tel point que cette version n’a pas d’appellation propre. Il semble que beaucoup de jeunes musiciens, néophytes en solfège, préfèrent cet instrument pour la simplicité de ses tablatures… c’est un choix, à vous de faire le vôtre !

A droite, la version classique, qui porte, elle, bien son nom. Ces ocarinas ont en général 12 trous, mais certains fabricants s’amusent à en rajouter, pour prolonger la tessiture de l’instrument ou son ergonomie, comme ci-dessous.

Un ocarina à triple chambre : trois embouchures et trois séries de trous pour des hauteurs différentes
Un ocarina à triple chambre : trois embouchures et trois séries de trous pour des hauteurs différentes

Plusieurs autres ocarinas…

Mon ocarina est en terre cuite. Il s’agit d’un ténor, accordé en sol comme la plupart de ses congénères (attention aux partitions !). Je l’ai acheté sur le site Thomann, bien connu des instrumentistes pour son large catalogue et son rapport qualité/prix, mais d’autres se spécialisent dans le domaine, comme STLOcarina. Tout est affaire de goûts : Thomann propose des modèles classiques et élégants, tandis que STLOcarina mise davantage sur les références geeks.

Concernant son usage, j’ai récemment interprété la chanson du premier volet du Seigneur des Anneaux In Dreams (partition ici) avec un orchestre à cordes. Le résultat était délicieux et j’espère réitérer cette expérience.

J’ai également essayé d’accompagner un orchestre à vents, mais ai vite été couvert par les cuivres et les bois. Par ailleurs, des essais de duos avec une flûte traversière m’ont permis de constater toute la difficulté qu’a l’ocarina à accompagner d’autres instruments à vent. Ma théorie est que son son très sourd fait vibrer le métal et trouble le son de ses voisins, mais je m’y connais trop peu en théorie du son pour supposer quoi que ce soit.

En conclusion, l’ocarina est un instrument insolite, discret de par sa taille et son timbre, mais très intéressant sur de nombreux points, et je regrette que son existence soit ignorée du grand public. On ne peut que remercier l’équipe de Nintendo, qui en fit la star du jeu vidéo The Legend of Zelda: Ocarina of Time et qui lui rendit par la même ses lettres de noblesse. Longue vie à l’ocarina, et que les compositeurs du monde entier pensent à utiliser ce formidable petit objet.