L’hulusi, si traditionnel

S’il y a un de mes instruments qui peut se vanter de venir de loin, c’est bien mon hulusi. De loin géographiquement et temporellement, puisque cet objet nous vient de Chine, et comme la plupart des inventions chinoises, il est apparu dans l’Histoire il y a très très longtemps.

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L’hulusi est un instrument à anche libre, c’est-à-dire qu’à l’intérieur de la gourde, cette partie joliment ornée en haut, est logée une anche qui vibre grâce à l’air expiré, sans contact avec le musicien. C’est une particularité de plusieurs instruments asiatiques qui fait que, contrairement à la plupart des vents, il faut souffler fort pour en extraire une note grave, mais doucement pour une note aiguë.

Alors justement, comment souffle-t-on dans ce truc ? L’embouchure est insolite mais très simple à adopter : il s’agit d’un petit appendice à l’extrémité de la gourde, dans lequel on souffle… tout simplement. Attention, toutefois : une maîtrise du souffle est nécessaire et s’acquiert avec la pratique pour obtenir un son juste et stable.

L'embouchure de l'hului : un simple trou
L’embouchure de l’hulusi : un simple trou

L’objet est composé de quatre parties capitales : la gourde, comme je le disais, sert à la fois de caisse de résonance et de témoin culturel, puisque c’est la partie qui est ornée de glyphes et de dessins typiques de Chine et qui souligne tout le caractère folklorique de l’instrument. Le tube principal (la meilleure traduction que j’ai pu imaginer) vient ensuite : il s’agit de celui du centre, sur lequel vont venir se placer vos doigts et qui permet de jouer toutes les notes de la tessiture. Les deux autres tubes, de chaque côté, font office de bourdons, c’est-à-dire qu’une fois débouchés, ils émettent une unique note qui vient s’ajouter à celles que joue le tube principal, un peu comme une cornemuse.

Bien sûr, sans pratique préalable, le résultat peut être très déconcertant, et la plupart des musiciens conservent les bourdons fermés. Mais ils confèrent à l’ensemble un certain cachet, et on ne saurait s’en passer.

 

Les tubes sont toujours détachables : cela permet un bon entretien et un réglage de l'anche
Les tubes sont toujours détachables : cela permet un bon entretien et un réglage de l’anche

Le son est le même que celui du bawu, l’un de ses cousins chinois, et sensiblement similaire à celui de la clarinette, en plus grinçant dans les graves et plus doux dans les aigus. Tout est une question de maîtrise de l’air. Normalement, ceux qui sont familiers des instruments à anches comprendront vite comment extraire de cet objet toute la gamme qu’il peut offrir ; les autres peineront sans doute au début à saisir comment se servir de sa colonne d’air pour faire vibrer adéquatement l’anche.

hulusi

J’ai acheté mon hulusi sur le site InteractChina, qui propose de nombreux produits culturels chinois à destination du monde entier. L’avantage qu’a l’hulusi sur le bawu est qu’il en existe pour toutes les bourses, selon son ornement et le bois dans lequel il est fabriqué. Le mien est en bois de santal, avec une gourde verte sur laquelle est gravée un dragon comme l’illustration ci-dessus. L’instrument est livré avec une sacoche d’apparence très solide et très pratique.

Plusieurs musiciens chinois se prétendent « Maîtres de l’hulusi », jouant des thèmes du folklore asiatique en solo ou accompagnés d’orchestres traditionnels. D’autres utilisent l’hulusi dans la musique zen, pour la pureté et la douceur de ses aigus. Quel que soit le registre, l’instrument est un incontournable de la culture musicale chinoise.