Le gemshorn, si médiéval

Corne de brume pour les uns, appendice bovin pour les autres… le gemshorn (prononcez guèm’s orn) a décidément une allure qui illustre bien son époque.

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Car c’est du Moyen-Âge que nous vient cet instrument archaïque, composé de rien et pourtant si agréable à l’oreille. C’est au XVième siècle que des Allemands ont découvert une utilité fort poétique aux cornes de chamois (« gemshorn » en allemand !) : en les vidant, puis en obstruant leur extrémité large et en les parant de trous, ils en firent une flûte très populaire, aussi facile à manier que simple à fabriquer.

Le principe est simple : une encoche dans le disque de bois obstruant la corne permet de faire passer l’air, tandis qu’une autre, au-dessus des trous, le laisse s’échapper, selon le principe des flûtes à bec d’aujourd’hui. La forme desdites n’est d’ailleurs pas un hasard : elles la doivent à l’embouchure angulaire du gemshorn, comme l’illustre la photo ci-dessous.

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De par le fait que c’est un instrument « fermé », sans pavillon, le gemshorn fait partie de la famille des ocarinas, mais c’est bien là leur seul point commun. Le son du gemshorn s’assimile davantage à celui d’une flûte douce. Alors bien sûr, les puristes regretteront la fébrilité de sa justesse, qui dépend beaucoup de l’embouchure, des doigtés, du temps qu’il fait… mais une fois tous ces éléments domptés, et les grésillements des notes aiguës dépassés, c’est un catalogue intemporel de partitions de tous genres qui vous attend.

Sa simplicité insolente a permis à toutes les cultures et toutes les civilisations de s’approprier cette façon de jouer de la musique, à tel point qu’on découvre sans cesse des gemshorns creusés dans les cornes les plus étonnantes, de la simple vache de montagne au zébu. Avec les contraintes évidentes de notre époque, les gemshorns sont fabriqués, de nos jours, avec des cornes de vaches, d’un âge plus ou moins avancé selon la hauteur voulue.

Un petit veau ?
Un petit veau ?
Un zébu, peut-être.
Un zébu, peut-être.
Un animal des plus curieux...
Un animal des plus curieux…

Aujourd’hui, on retrouve beaucoup cet instrument dans les reconstitutions historiques, les festivals à thème… où quelques ménestrels solitaires ou des ensembles mettent en valeur les réminiscences médiévales de cette corne étrange.

J’ai moi-même fait quelques essais d’enregistrement, comme en témoigne la vidéo ci-dessous. J’y interprète un arrangement de Reel it in, de Steve Throneycroft (partition) sur mon gemshorn alto.

Rares sont les fabricants de gemshorns, et chers sont ces instruments, lorsqu’achetés authentiques, à cause de leur origine et du traitement nécessaire dessus. Toutefois, deux se partagent le marché européen : Peter Wiener et Pavel Cip. Ces deux fabricants vendent leurs œuvres sur différents sites ; les prix et la qualité sont similaires, de même que le son final. Seule l’apparence de la corne sera légèrement différente.

Pour conclure, le gemshorn est un instrument oublié, mais son apparence austère et son timbre savoureux pourraient un jour lui redonner le souffle qu’il mérite. J’espère moi-même en faire très bientôt un usage régulier, pour réaliser des multividéos (qui seront immédiatement postées sur ce blog, naturellement !).